lundi 12 mars 2007

Joseph bey ou l’indicible suture

Aborder l’œuvre de Joseph Bey, c’est s’approprier un univers en lequel le minéral règne en maître, mais un minéral dont l’artiste, en quête sans doute de fugitives essentialités, forcerait l’écorce pour nous dévoiler d’indivisibles cernes, nous les offrir comme d’instantanés saisis dans l’incoercible écoulement du temps.

Aborder son œuvre, c’est aussi s’immerger dans la magie d’un monde où l’humain n’est plus, où la forme n’est qu’épure, c’est se laisser guider par quelque hypothétique ligne, esquissant peu à peu une ébauche de chemin que l’œil emprunte jusqu’à faire sien l’espace du support.

Aborder son œuvre, c’est encore se confronter à la matière, celle que le peintre écorche pour nous en révéler l’occulte, celle qu’il estompe pour en obturer l’excès, celle qu’il fige pour mieux en démasquer la frange. D’insolites paysages naissent ainsi, mais dépouillés toujours de tout paraître inutile.

Aborder son œuvre, c’est se plonger enfin en étranges territoires, ceux que la mémoire s’aheurte à pénétrer pour mieux s’imbiber des bribes de vécu qui s’immiscent en silence au travers d’infimes brisures. Elles sont, à leur manière, le témoin secret de quelque muette dérive, de quelque faille béante, de quelque impossible suture.

Bernard Chevassu